Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, émir de Dubaï et vice-président des Émirats arabes unis, incarne un parcours politique qui dépasse largement la gouvernance d’une seule ville. Né le 15 juillet 1949 à Dubaï, il cumule depuis 2006 les fonctions d’émir de Dubaï et de Premier ministre fédéral, ce qui fait de lui l’un des dirigeants les plus influents du monde arabe. Comprendre sa trajectoire exige de distinguer ses rôles à plusieurs échelles : local, fédéral et international.
Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum : fonctions et responsabilités politiques
| Fonction | Niveau | Depuis |
|---|---|---|
| Émir de Dubaï | Émirat | 2006 |
| Vice-président des Émirats arabes unis | Fédéral | 2006 |
| Premier ministre des Émirats arabes unis | Fédéral | 2006 |
| Ministre de la Défense | Fédéral | 1971 |
Cette superposition de mandats illustre une réalité structurelle des Émirats : la direction de Dubaï et la gouvernance fédérale sont exercées simultanément par le même homme. Son accession à la tête de l’émirat intervient après le décès de son frère Maktoum ben Rachid Al Maktoum, lui-même successeur de leur père, le cheikh Rachid ben Saeed Al Maktoum.
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Son rôle de Premier ministre fédéral lui confère une autorité sur les politiques nationales qui dépasse le cadre de Dubaï. Il préside des instances fédérales et oriente des réformes administratives touchant l’ensemble des sept émirats, un volet souvent éclipsé dans les portraits centrés sur sa seule fonction d’émir.
Formation et ascension au pouvoir de l’émir de Dubaï
Mohammed ben Rachid reçoit une formation d’élite combinant deux environnements distincts. Il fréquente d’abord le Bell Educational Trust au Royaume-Uni pour l’apprentissage de la langue anglaise, puis l’Académie militaire royale de Sandhurst, institution qui a formé plusieurs chefs d’État et membres de familles régnantes.
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Son entrée dans les responsabilités institutionnelles est précoce. Il est nommé ministre de la Défense des Émirats arabes unis dès 1971, année de la fondation de la fédération, alors qu’il a vingt-deux ans. Ce mandat militaire préfigure une approche centralisée et planifiée de la gouvernance qu’il appliquera ensuite au développement économique.
Il est le troisième fils du cheikh Rachid ben Saeed Al Maktoum, qui a lui-même posé les bases de l’ouverture commerciale de Dubaï. Cette filiation directe avec l’un des pères fondateurs des Émirats lui confère une légitimité dynastique renforcée.

Transformation de Dubaï : les grands projets sous sa direction
La modernisation de Dubaï constitue l’axe le plus visible de son action. Sous sa direction, l’émirat a développé des infrastructures de grande envergure dans les secteurs du tourisme, de la finance et des transports, avec l’ambition affichée de réduire la dépendance aux revenus pétroliers.
- DIFC (Dubai International Financial Centre) : zone économique spéciale dotée d’un système juridique propre inspiré de la common law britannique, conçue pour attirer les institutions financières internationales et les arbitrages commerciaux régionaux.
- Expo 2020 Dubaï : exposition universelle organisée à Dubaï, reportée à 2021 en raison de la pandémie, qui a servi de vitrine pour le positionnement international de l’émirat et accéléré plusieurs chantiers d’infrastructure.
- Stratégie Dubai 2040 : plan d’urbanisme à long terme visant à structurer la croissance démographique et économique de l’émirat sur plusieurs décennies, en intégrant des objectifs de développement durable et de qualité de vie.
Ces projets s’inscrivent dans une logique de diversification économique portée depuis les années 1990. Le cheikh Mohammed a également instauré des mécanismes de valorisation des services publics, dont un programme annuel de récompenses pour l’excellence administrative, afin de structurer la performance des institutions gouvernementales.
Succession et répartition des responsabilités au sein de la famille Al Maktoum
La question de la succession à Dubaï n’est pas seulement dynastique. Elle se traduit par une distribution institutionnelle des fonctions entre les fils de Sheikh Mohammed, rendant la gouvernance de l’émirat moins concentrée sur une seule personnalité.
Hamdan ben Mohammed Al Maktoum, désigné prince héritier de Dubaï, préside notamment le Conseil exécutif de Dubaï, instance qui supervise la mise en oeuvre des politiques locales. Cette délégation progressive des responsabilités opérationnelles reflète une anticipation de la transition, sans que la direction stratégique soit pour autant transférée.
Maktoum ben Mohammed Al Maktoum occupe pour sa part des fonctions liées aux secteurs financiers et économiques de l’émirat. La répartition des portefeuilles entre ses fils constitue un mécanisme de continuité institutionnelle plus structuré que ne le laissent supposer les récits axés sur la seule figure de l’émir.
Décisions judiciaires britanniques et contexte familial
Entre 2020 et 2021, la Haute Cour d’Angleterre a rendu des décisions civiles dans le cadre d’une procédure familiale opposant Sheikh Mohammed à la princesse Haya bint Al Hussein, fille du roi Hussein de Jordanie et son épouse depuis 2004. Ces décisions civiles, qui ne constituent pas des condamnations pénales, ont formulé des conclusions sur plusieurs affaires familiales, notamment concernant ses filles Shamsa et Latifa.
Sheikh Mohammed a contesté ces conclusions et leur diffusion publique. Le contexte de ces procédures – divorce, garde des enfants, mesures patrimoniales – relève du droit de la famille britannique. La Haute Cour d’Angleterre a rendu ses jugements publics, ce qui est inhabituel pour ce type de procédure, en invoquant l’intérêt public.
Ces affaires ont eu une résonance internationale significative, sans modifier formellement ni ses fonctions à la tête de Dubaï, ni son rôle de Premier ministre fédéral aux Émirats arabes unis.
Sheikh Mohammed et les courses hippiques : l’écurie Godolphin
Parallèlement à ses responsabilités politiques, Sheikh Mohammed est une figure majeure du monde des courses de pur-sang. Il a fondé l’écurie Godolphin, l’une des structures d’élevage et de compétition équine les plus importantes au monde, présente sur les grands hippodromes européens, américains et australiens.
Son engagement dans les courses hippiques précède son accession à la tête de l’émirat. Il reflète une tradition équestre ancrée dans la culture de la famille Al Maktoum, que le cheikh Mohammed a transformée en entreprise compétitive à l’échelle mondiale. Le Dubai World Cup, course hippique organisée annuellement à Dubaï, s’inscrit dans cette même logique de rayonnement international.
La coexistence de ces deux sphères – gouvernance d’un émirat et compétition équine internationale – caractérise un profil peu commun parmi les dirigeants contemporains. Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum, aujourd’hui âgé de 75 ans, reste à ce jour titulaire de l’ensemble de ses mandats politiques aux niveaux local et fédéral.

